Le frère dominicain qui bouleversa la foi bretonne

Né à Valence en Espagne, Saint Vincent Ferrier demeure l’une des figures religieuses les plus marquantes d’Europe au XVe siècle. Ce frère dominicain, connu pour ses prédications puissantes, fut appelé à plusieurs reprises par le Duc de Bretagne Jean V et son épouse Jeanne de France afin de restaurer une vie chrétienne affaiblie dans le duché.
Après deux refus, il finit par accepter l’invitation du duc. Son arrivée en Bretagne, le 8 février 1418, marque le début d’une mission exceptionnelle qui marquera durablement la mémoire collective.

L’appel insistant du Duc de Bretagne Jean V

 

Trois invitations avant l’acceptation

Le messager du duc, Jean Bernier, dut se rendre par trois fois auprès du frère dominicain :

  • une première au Puy-en-Velay, sans succès,
  • une seconde à Bourges, également infructueuse,
  • puis une troisième, qui arracha enfin l’accord du religieux.

Le Frère Vincent Ferrier comprit alors l’urgence spirituelle du peuple breton.

 

Le voyage vers Vannes : un chemin ponctué de prédications

Après son arrivée à Nantes, il se dirige vers Vannes en prêchant dans de nombreuses paroisses :
Fégréac, La Roche-Bernard, Redon, Muzillac, Questembert, et Theix.
À chaque étape, des foules immenses se rassemblent pour entendre sa parole.

 

Une ville entière se prépare à accueillir le missionnaire

Le Duc Jean V organisa un accueil digne de l’illustre prédicateur :

  • un logement préparé au château de la Motte,
  • une immense estrade construite sur la place des Lices,
  • et des rues décorées de tentures multicolores.

La ville entière vibre d’attente.

L’émouvante arrivée de Frère Vincent à Vannes

Le 5 mars 1418, un cortège majestueux accompagne l’évêque, le duc, le clergé, la noblesse et le peuple vannetais jusqu’à la chapelle Saint-Laurent.
Lorsque Vincent Ferrier arrive, monté sur une vieille ânesse et vêtu de vêtements usés, la foule est saisie d’émotion.
L’accueil est triomphal, ponctué de chants, de supplications et de guérisons spontanées.

 

Les prédications Place des Lices : des foules bouleversées

 

Une parole qui galvanise les Bretons

Le dimanche 6 mars 1418, Frère Vincent prêche depuis l’estrade construite spécialement pour lui.
Bien qu’affaibli, il retrouve miraculeusement force et vigueur lorsqu’il parle.
Sa voix résonne sur la place, ses mots frappent les consciences :

  • femmes en larmes,
  • hommes confessant leurs fautes,
  • foules entières saisies par la crainte du Jugement Dernier.

Il impose également une organisation stricte :

  • séparation hommes/femmes aux sermons,
  • confessions jour et nuit,
  • catéchèse pour enfants et adultes.

 

Une vie d’ascèse et de prière

À Vannes, il mène une vie de grande austérité :

  • repas frugaux,
  • vin coupé d’eau,
  • matelas posé au sol,
  • prières nocturnes,
  • étude quotidienne.

Son exemple inspire toute la population.

 

Une mission qui transforme Vannes

Pendant près d’un mois, la ville vit au rythme de la prédication :

  • boutiques fermées,
  • marchés suspendus,
  • tribunaux arrêtés,
  • population entière tournée vers le salut.

La mission se conclut le 29 mars 1418 par un dernier sermon sur l’Antéchrist.

 

Sur les routes de Bretagne : une évangélisation sans précédent

Après Vannes, le frère parcourt tout le duché :

  • Guérande, Saint-Gildas-des-Bois, Rennes (où jusqu’à 30 000 fidèles l’écoutent),
  • Fougères, Vitré, Montfort,
  • Dinan, Saint-Brieuc, Guingamp, Lannion, Morlaix, Saint-Pol-de-Léon,
  • Quimper, Concarneau, Quimperlé, Hennebont, Pontivy…

Partout, il prêche, enseigne, apaise les conflits, et parfois guérit.

 

Le retour à Vannes et la santé déclinante

À l’issue de son immense mission, il revient à Vannes épuisé. La Duchesse Jeanne de France veille personnellement sur lui et tente de lui procurer des soins.
Malgré une santé dramatique, il continue à prêcher, soutenu par la ferveur populaire.

 

 La mort du saint missionnaire

Le 25 mars 1419, il est frappé d’une forte fièvre.
Il reçoit le viatique, prononce une ultime exhortation aux Bretons et annonce sa mort prochaine.
Il s’éteint le 6 avril 1419, entouré du duc, de l’évêque et d’une foule en prière.

 

La mise au tombeau et l’immense émotion du peuple

Ses funérailles rassemblent une foule considérable.
Une querelle éclate entre les Dominicains espagnols et le clergé breton pour conserver la dépouille, finalement inhumée dans la cathédrale de Vannes, entre le chœur et le maître-autel.

 

Les miracles et la canonisation

Après sa mort, des miracles innombrables sont rapportés.
Une enquête canonique recueille 313 témoignages sous serment.
Le 29 juin 1455, le Pape Calixte III proclame officiellement la canonisation de Saint Vincent Ferrier, devenu l’un des saints les plus aimés de Bretagne.

 

Conclusion

L’histoire de Saint Vincent Ferrier n’est pas seulement celle d’un prédicateur itinérant. C’est le récit d’une transformation profonde du duché de Bretagne, marquée par un renouveau spirituel sans précédent.
Plus de six siècles plus tard, la mémoire de sa mission reste très vivante à Vannes et dans tout l’Ouest.